Partager l'article ! A - Mai 1981 - Juillet 2001 : 20 ans d'histoire: AVANT PROPOS Avec la naissance de l’Association « ...
AVANT PROPOS
Avec la naissance de l’Association « Foyer Rural Municipal » en janvier 1980, un certain nombre de Bussacais avait, à travers un questionnaire, manifesté le désir de créer une section qui prendrait en compte le souhait de rapprochement et d’échange entre des personnes venant d’horizons différents.
La Municipalité Bussacaise approuvait cette initiative.
La traduction de ces désirs devait nous conduire à réaliser un jumelage entre notre commune et celle d’Oron La Ville (Suisse)
20 ans se sont écoulés et de nombreux échanges ont été réalisés, traçant un ruban indélébile entre nos communautés.
Jules Romains a écrit : «Le temps passe. Et chaque fois qu’il y a du temps qui passe, il y a quelque chose qui s’efface.»
Il nous a semblé important pour éviter que les choses s’effacent, de figer, à travers cette brochure, certains moments qui ont marqué notre vie commune et qui constituent une partie de notre histoire.
Que tous ceux qui ont participé à l’écriture de cette histoire, qui ont fourni photos et témoignages soient ici remerciés.
Roland Monget
PREAMBULE
Curieuse décision que celle qu’a prise l’auteur de ce livre-anniversaire : celle de me confier la tâche de chapeauter son œuvre !
A mon avis, dans nos rangs, d’autres plumes plus autorisées que la mienne, eussent mieux fait l’affaire.
Il n’en reste pas moins que je demeure un des principaux acteurs de ce jumelage et que j’aurais mauvaise grâce de me dérober à ce redoutable honneur.
PREFACE
20 ans… L’âge d’or à l’échelle humaine ; une poussière à celle du temps.
Me revient en mémoire notre première rencontre si chaleureuse entre la Mairie de Bussac sur Charente et la Commune d’Oron-la-Ville en Suisse française. Demeurent pour moi inoubliables la réception au sein des familles, les échanges d’idées et la comparaison entre les institutions de nos deux pays. Véritable confrontation entre la mer et la terre.
Fructueuses, pleines de joies, de rires et d’amitié, ces réunions restent pour ceux qui les ont vécues un véritable bain de jouvence.
Dans un monde où règnent la haine, la suspicion et la violence, n’est-il pas réconfortant de se désaltérer à la source des vraies valeurs.
Aujourd’hui il appartient à la jeunesse de s’engager sur le chemin tracé par les aînés. Avec l’enthousiasme qui leur est propre afin de démontrer aux anciens qu’il y a autre chose chez les jeunes que puérilité.
Pour conclure, je tiens à féliciter et à remercier l’auteur du livre que vous avez sous les yeux. Il mérite la gratitude de nous tous.
Et c’est à la Vaudoise, le verre à la main, que nous lui disons : « Honneur et Respect »
Albert Diserens
LA DEMARCHE
L’Association Foyer Rural Municipal est juste créée que les idées émises au cours de sa création sont aussitôt examinées en vue de leur exploitation.
Pour le jumelage, un petit groupe de réflexions et de recherches se met en place.
Composé de mesdames Janine Castillon et Marie-Jo Chapuis et de Monsieur Pascal Monget, il recherche le futur partenaire selon les critères exprimés par le Conseil d’Administration du Foyer Rural à savoir :
- Un territoire de langue française (il n’était pas souhaitable que le jumelage soit réservé à une dizaine d’intellectuels de la commune parlant une langue étrangère.)
- Une localité représentant une population semblable à la nôtre.
- Un lieu rapidement accessible permettant d’avoir des échanges aussi souvent que souhaité.
- Une contrée géographique différente de la nôtre si possible.
Muni de ces éléments le groupe procède par élimination :
- Pays d’Afrique noire, Canada, pays trop éloignés ne permettant pas d’échanges fréquents compte tenu de la distance et des coûts.
- Pays d’Afrique du Nord, pays éloignés et relations parfois difficiles compte tenu de l’histoire.
- Réunion, Polynésie française, Nouvelle Calédonie mêmes problèmes qu’avec Afrique et Canada.
Reste Belgique et Suisse.
L’unanimité se porte sur la Suisse.
Pascal Monget, étudiant en fac à Bordeaux, se met à prospecter les possibilités de jumelage avec la Suisse.
Tout d’abord il intervient auprès de l’Ambassade de France en Suisse. Celle-ci le dirige vers l’Union des communes Suisses - Wetstrasse 9 - 3000 Berne.
Sa prise de contact auprès de cet organisme lui permet de recueillir 5 noms de communes suisses qui auraient des intentions de jumelage.
Il s’agit de :
- Chezeaux, commune comprenant à l’époque 2400 habitants environ et située dans la banlieue lausannoise.
- Dombresson, commune neuchâteloise, comptant 1001 habitants fin 1979, située dans le district du Val de Ruz.
- Gorgier, située dans le canton de Neuchâtel au bord du lac et comptant 1395 habitants.
- Môtiers, chef lieu de district du Val de Travers, située entre Neuchâtel et Pontarlier avec une population comprise entre 700 et 800 habitants.
- Oron la Ville, commune située dans le canton de Vaud à environ 20 km au nord-est de Lausanne comptant 871 habitants.
Les premiers contacts sont pris en janvier 1980.
Après divers échanges, entre ceux qui voudraient bien mais pas maintenant, ceux qui ne veulent pas ou qui font le mort, la commune d’Oron la Ville confirme son accord par courrier du 21 mai 1980.
Un pas important vient d’être franchi ! Nous venons de trouver un partenaire correspondant aux critères fixés et nous allons pouvoir prochainement sceller notre jumelage.
Le 2 juillet, la Municipalité d’Oron la Ville nous adresse une invitation pour nous rendre en Suisse les 29, 30 et 31 mai 81 à l’occasion du 100ème anniversaire de la fanfare du Cercle d’Oron.
Les dirigeants du Foyer Rural, tenus informés par le groupe de travail, informent à leur tour le Conseil Municipal qui donne un avis favorable à la poursuite du projet.
Dès maintenant les choses vont s’accélérer.
La population bussacaise est informée par le groupe de travail. Un texte est déposé dans toutes les boîtes à lettres de la commune.
L’organisation du déplacement mobilise les énergies et quelques réunions sont nécessaires pour canaliser toutes les idées.
Un inventaire des choses à réaliser est mis en place. :
- Répertorier les familles qui souhaitent se déplacer en Suisse en mai prochain et qui seront d’accord pour accueillir une famille suisse lors de la manifestation officielle qui se déroulera en retour à Bussac.
- Définir de quelle manière nous pourrons faire connaître les charmes et les richesses de notre commune à nos futurs amis.
- S’interroger sur le cadeau de bienvenue que nous souhaiterions offrir.
- Mettre au point une manifestation particulière pour cette occasion de manière à créer un évènement.
Passons sur l’inventaire des familles qui ne présente aucune difficulté particulière. ( Voir liste des participants en annexe 1 )
Pour faire connaître notre commune il est décidé de réaliser un montage audiovisuel à base de diapositives.
Monsieur le maire s’embarque à bord d’un petit avion piloté par un bussacais pour prendre quelques photos aériennes. Le temps ce jour-là n’est pas très clair, mais faute de pouvoir se mettre d’accord sur une autre date avec le pilote l’expédition a quand même lieu.
Aujourd’hui monter dans un avion est devenu chose assez courante. Ce sont généralement des gros porteurs, 50, 100 places et plus… le confort y est appréciable. Se trouver dans un biplace qui ne vole pas très haut, qui tourne et retourne de manière à observer la campagne sous le meilleur angle avec un œil toujours rivé sur l’objectif n’est pas une situation toujours enviable. Notre photographe en a fait l’expérience et se rappelle très bien son retour sur la terre ferme et plus particulièrement de son retour sur Bussac au volant de sa voiture.
Ces photos aériennes viennent s’ajouter à celles qui ont été prises au sol et qui portent sur les bâtiments communaux, nos villages et notre campagne.
On se rappelle que l’hiver 80/81 fut précoce car les photos prises au mois d’octobre 80 montrent que les vignes non encore vendangées ne possèdent déjà plus de feuilles.
La recherche d’une manifestation particulière n’est pas chose aisée.
Roland Monget imagine qu’une équipe de coureurs à pieds pourrait rallier Bussac-Oron la Ville soit 750 km en à peu près 75 heures en courant par relais à une moyenne d’environ 10 km/H.
Le projet n’aboutit pas car pour réaliser cette performance il faut fixer le départ mardi matin 26 mai, nous sommes attendus le vendredi 29 début d’après-midi à Oron. Les participants doivent pouvoir disposer d’environ une semaine de congés aussi bien pour les préparatifs que pour la récupération ce qui ne permet pas de trouver les 15 personnes nécessaires pour courir et assurer l’assistance sous toutes ses formes.
L’idée ayant fait son chemin il est difficile de l’abandonner complètement : elle se trouve rapidement transformée en rallye cycliste. Celui-ci demande moins de temps.
En calculant une moyenne de 22 km/H, car les participants ne sont pas des cyclistes confirmés et la traversée de la France en effraie quelques-uns, on doit pouvoir rejoindre Oron en légèrement moins de 35 heures.
Le départ peut être fixé au jeudi matin 4 heures ce qui ne nécessite qu’une seule journée de congé, celle du vendredi 29 car le jeudi 28, jour de l’Ascension est jour férié.
Les conditions à résoudre étant plus légères le projet est accepté et rapidement mis en oeuvre.
L’équipe de cyclistes est constituée et commence les entraînements.
Celle de l’assistance prend forme, il nous faut 2 chauffeurs par voiture et un caméraman, c’est le minimum. (Voir liste des participants en annexe 2)
Le Président du Foyer Rural prend en charge la recherche de sponsors et constitue un dossier auprès de la Fédération Départementale des Foyers Ruraux.
La conduite à bien de ces dossiers soulage la situation financière de notre jeune association qui, fondée l’année précédente, n’a pas encore eu le temps de constituer des réserves.
Dans le même temps nos amis d’Oron nous demandent si nous possédons un blason pour notre commune car ils souhaitent le faire figurer sur le document officiel qui concrétisera le jumelage entre nos deux communautés.
N’en possédant pas le groupe de travail, aidé de quelques amis, se propose d’en composer un.
Le point de départ est celui d’Oron en ce qui concerne les couleurs, c’est à dire le rouge et le jaune. Oron comportant un croissant de lune, par opposition il est choisi de faire figurer un quart de soleil. Nous habitons une commune très boisée alors nous plaçons un arbre. Ces deux dessins sont placés au-dessus d’une vague qui représente la Charente, rivière qui borde généreusement notre commune sur toute sa longueur.
LES CEREMONIES DU JUMELAGE
Le premier acte se déroule à Oron la Ville les 29 - 30 et 31 mai. Le départ approche et toute l’organisation s’active.
Le départ du rallye cycliste est prévu pour jeudi matin 28 à 5 heures et le reste de la troupe partira en autocar le même jour à 21 heures.
Tout le monde doit se rejoindre le vendredi matin à Nantua pour prendre le petit déjeuner en commun.
La délégation bussacaise sera conduite par Monsieur le Maire qui a confirmé sa présence à la municipalité d’Oron. Il sera accompagné d’un adjoint et de 2 conseillers municipaux.
Rendez-vous est pris pour le mercredi soir à la salle municipale où la population de la commune est invitée à rencontrer la délégation bussacaise autour d’un vin d’honneur.
Des photos sont prises pour satisfaire les sponsors et surtout fixer dans la mémoire ce moment très important.
La municipalité expose le tableau en cuivre retourné, représentant l’église de Bussac, qu’elle offrira à la commune d’Oron la Ville et le Foyer Rural le fanion qu’il a fait réaliser spécialement et qui reprend les richesses de notre région.
Ainsi sur ce fanion figurent une bouteille de cognac, une huître et un escargot.
Les voitures, dont les galeries sont équipées de gyrophares et de porte-vélos, sont prêtes à embarquer tout le matériel de l’équipe d’assistance ainsi que la troupe qui constituera donc le premier détachement.
Jean-Pierre Chabiron, absent ce soir là, accompagnera le lendemain l’équipe cycliste avec son caméscope pour fixer cette épopée sur la pellicule.
Tout le monde se retrouve dans la salle de la mairie pour écouter la brève allocution de M. le Maire présentant le projet aux invités avant de trinquer à la réussite de l’expédition.
1) VOYAGE BUSSAC - ORON
Jeudi 28 mai 1981, c’est le jour de l’Ascension mais c’est aussi le jour du grand départ.
5 heures du matin, l’équipe se rassemble devant la salle municipale et à la lumière des lampes électriques effectue un dernier contrôle.
5 H 20 le premier cycliste, Gérard Garlopeau enfourche son vélo pour le premier relais qu’il va effectuer en traversant de légères nappes de brouillard par endroit.
Le groupe sait qu’il va vivre un moment extraordinaire au cours de ces 36 heures mais il n’en mesure pas encore la portée.
A Verdille environ 28 km plus tard, Gérard s’arrête et passe le relais à Claude Nougaret. Puis c’est au tour de Pascal Monget relayé par Christian Guintard qui à son tour passe le relais à Christian Viollet avant que Rolland Riché ne prenne la suite.
Le premier incident survient un peu avant Bellac où Rolland roule sur un caillou et fausse sa roue avant. Très secoué, il s’arrête sitôt Bellac passé pour changer de roue.
Le jour s’est levé et l’on recommence un nouveau cycle avec la pluie qui semble menacer.
Plus tard quand Christian Viollet roule, la pluie tombe bien, cela rend la performance plus difficile mais n’arrête pas le groupe. Toutefois lorsque Christian a roulé pendant une heure il s’arrête et pour se changer il demande l’hospitalité à une brave dame qui l’invite à entrer chez elle pour se sécher et se vêtir d’habits secs. Merci madame pour votre charmante hospitalité.
A cette époque là on traverse la ville de Montluçon et il nous reste en mémoire pour ceux qui connaissent bien la route l’arrivée sur cette ville.
Bernard Dumaine qui fait partie de l’équipe mais qui ne s’estime pas suffisamment fort pour prendre les relais comme les autres membres veut bien donner un coup de pédale pour le groupe de temps à autre.
C’est lui qui roule à l’approche de Montluçon et dans cette grande descente à fort pourcentage qui précède la ville nous le voyons arriver à tombeau ouvert sur cette route mouillée. Il descend probablement à 80 km/heure. Notre regard se porte sur les feux tricolores du carrefour ; c’est rouge ! Notre cœur bat très fort car freiner à cette allure sur cette route devenue glissante c’est la chute à coup sûr. Miracle, le feu passe au vert avant que notre cycliste se lance dans une manœuvre désespérée. Ouf ! Nous respirons mais nous nous rendons compte que dans notre équipe d’assistance il manque un médecin qui nous serait d’un grand secours dans ce genre de situation.
Pendant que les cyclistes continuent leur route, chacun selon ses obligations d’assistance s’est arrêté, à des moments différents, au bord de la route pour déjeuner.
Deux voitures sont équipées de la C.B, les deux autres de talkie-walkie mais la distance entre les véhicules est telle qu’entre Montmarault et Moulins l’équipe se trouve séparée et ne peut plus communiquer entre les différents éléments.
Une courte rupture de cycliste sur l’asphalte se produit mais l’incident est réparé avant Dompierre sur Besbre.
L’équipe se regroupe à la sortie de Charolles pour dîner ensemble à la station Elf avant d’attaquer la route pour Mâcon alors que la nuit commence à tomber.
L’allure est toujours soutenue et Mâcon est franchie bien en avance sur notre tableau de marche car la moyenne se situe à ce moment à un niveau légèrement supérieur à 30 km/h alors que nous avions prévu 22.
Il est environ minuit lorsque Christian Viollet traverse Bourg en Bresse, un claquement sec ! Son boyau arrière vient de lâcher, la réparation demande quelques minutes et l’expédition repart.
Nous avons dépassé Pont d’Ain et nous arrivons au pied du Cerdon alors qu’il est environ 1h30, nous sommes toujours très en avance et nous décidons de faire une pause car à ce rythme là nous serons passés à Nantua avant que le bus nous rejoigne avec le reste de la troupe.
Nous essayons de dormir dans les voitures. Cela ne semble pas évident mais la fatigue accumulée depuis le matin fait que l’on s’endort.
Il est un peu plus de 7 heures lorsque retentit un grand coup de klaxon. C’est l’autocar qui passe ! Vite la colonne se secoue et reprend sa marche en avant.
Toutefois, demandez à Gérard ce que cela fait lorsque réveillé en sursaut et compte tenu de la fatigue de la veille vous devez attaquer à froid la montée du Cerdon avec des passages d’au moins 10% et qui sur sa longueur doit avoisiner une pente moyenne de 6 ou 7%. Eh bien ! malgré tout son courage notre ami Gérard explose et cède sa place à son copain Claude qui termine l’ascension. Gérard, avec le recul, se trouve d’autant plus frustré qu’il s’aperçoit qu’il a mis pied à terre une centaine de mètres avant le sommet et qu’après, tout devient plus facile.
Nous retrouvons le groupe arrêté au « Farfadet » pour prendre le petit déjeuner.
Cela fait du bien d’utiliser les toilettes pour se raser et se redonner un brin de fraîcheur.
Mais déjà il faut repartir et la route n’est plus tout à fait la même. Le paysage est très beau mais nos cyclistes font connaissance avec la montagne. C’est très dur pour des gens surtout habitués à la plaine. La montée au-dessus Bellegarde sur Valserine est interminable et souvent Christian Guintard s’informe de savoir si la frontière suisse est encore loin. Nicole Viollet pour l’encourager lui donne un cachet (?) et tout de suite cela semble aller mieux.
Bernard Dumaine prend le relais sur le plateau qui précède Genève. Nous arrivons à la frontière à Saint Genis Pouilly et les douaniers sont un peu surpris de voir toute cette équipée. Les formalités se passent sans aucun problème et sans aucune fouille de voitures ce qui nous évite de négocier pour les quantités de pineau et cognac que nous transportons.
Nous empruntons la route qui longe le lac après Genève et comme nous sommes toujours en avance sur l’horaire calculé, Marie Madeleine Mauret et Nicole Viollet se proposent pour effectuer un relais. Accompagnées de Marcel Faveau elles conduisent le groupe jusqu’à Morges où nos amis suisses doivent venir nous récupérer. Il est environ 11 h 30 lorsque la caravane s’immobilise à l’entrée de la ville sous un beau soleil.
Pendant ce temps le groupe du bus est parti visiter Genève au passage. Il est environ midi lorsqu’il nous rejoint.
Une délégation se rend au poste de police pour savoir si éventuellement quelques émissaires d’Oron ne seraient pas à notre recherche.
Apparemment, jusqu’à cette heure-ci personne ne semble s’être manifesté. Toutefois pour des raisons de sécurité il nous est demandé de nous déplacer jusqu’au parc de Vertou de manière à ne pas encombrer la circulation. (Vertou est une commune de Loire Atlantique jumelée avec Morges.)
Ce parc nous offre un espace largement assez grand pour rassembler tout le groupe qui se sent tenaillé par une petite faim. Le pique nique s’organise dans l’attente de nos amis. Jean-Pierre Jeannaud a beaucoup de difficultés à allumer son barbecue pour faire griller ses chères entrecôtes suisses. On échange des nouvelles entre les deux groupes, mais une petite inquiétude commence à percer chez les plus pessimistes.
Et si c’était une blague de la part des Suisses ? (J’ai supprimé le mot ami !)
Et si nous n’avions pas bien compris ce problème de rendez vous ?
Il faut rester positif et plutôt penser que quelque chose nous échappe sans très bien en comprendre le pourquoi.
Une délégation se propose de partir en avant garde pour rencontrer les responsables d’Oron La Ville et savoir ce que nous devons faire. Janine Castillon, Guy Chapuis, Yves Pouponnot partent dans une voiture. L’attente nous semble longue et 2 heures plus tard tout semble arrangé.
Nos amis suisses sont bien venus à Morges comme prévu, mais ils sont arrivés en retard (Ah ! ce quart d’heure vaudois !) et comme en ville il y a des sens obligatoires vous devinez aisément la suite.
Bien qu’ils se soient rendus au poste de police et qu’il leur ait été confirmé que nous étions bien arrivés, ils ne nous ont pas retrouvés. Pourtant une caravane composée d’un bus, de 4 voitures équipées de gyrophares et portant des vélos, cela ne doit pas passer inaperçu. Mais Sherlock Holmes n’est pas Suisse.
L’autocar embarque tout son monde et part immédiatement car les familles oronaises attendent leurs futurs hôtes. Compte tenu de l’heure et du temps nécessaire pour rejoindre Oron à vélo il est décidé que nous allons nous avancer en voiture et remettrons les cyclistes en piste après être passés Lausanne.
Nous découvrons Lausanne et ses rues très pentues et bien sûr nous cherchons notre chemin car c’est toujours comme cela quand on est pressé. Heureusement un automobiliste charmant nous propose son assistance pour nous sortir de la ville. Nous franchissons les coteaux recouverts de vignes et arrivons jusqu’à Forel.
Nous décidons de remettre les cyclistes en selle et ils finiront le parcours tous les 6 ensemble. Les organismes sont un peu fatigués et bien que la route ne soit pas très facile avec ses côtes à fort pourcentage on a l’impression tout à coup d’avoir affaire à un (petit) peloton de coureurs du dimanche. Le train est tout de suite très soutenu, chacun épie son collègue pour voir à quel moment il va céder.
Bien qu’il ait été convenu que le groupe devait arriver ensemble, on sent que la promesse ne sera pas tenue. Petit à petit la file s’allonge laissant des espaces entre chacun. La descente après Essertes est avalée à une vitesse vertigineuse, la voiture du caméraman roule sur le côté gauche de la route pour avoir le maximum de coureurs dans son viseur. La remontée sur Oron se fait sans faiblir et nos cyclistes débouchent sur la place devant la salle communale où nous attend une partie de la population oronaise qui a récupéré les Bussacais venus par le bus.
Une grande joie, mêlée d’une certaine émotion, nous envahit tout heureux d’avoir conduit à bien cette expédition.
Mais ce n’est pas encore fini ! Ami Guichoud monte dans sa 203 rouge et invite les coureurs à le suivre pour faire un tour d’honneur autour de cette place. En réalité ceux-ci en font quatre ou cinq sous les applaudissements de la foule.
C’est fabuleux ! Cela nous fait oublier tous les efforts consentis sur le parcours et l’inquiétude que nous avons eue à Morges.
Tout s’enchaîne très vite, il nous faut entrer sous la tente installée pour la circonstance, une raclette nous y est servie. C’est notre premier contact avec le petit vin blanc suisse. Oui mais, cela se passe en 1981 et nous gens venant du bord de l’atlantique, la raclette y est beaucoup moins consommée, à cette époque, que la mouclade, les escargots ou les haricots au mouton. Alors se pose un dilemme : les pommes de terre se mangent-elles avec ou sans la peau ?
Je ne suis pas sûr que 20 ans plus tard nous ayons la bonne réponse.
La répartition dans les familles s’est faite au fur et à mesure des arrivées et avec mon épouse nous nous retrouvons chez le municipal qui a beaucoup œuvré pour ce jumelage.
Je sais qu’il s’attendait à accueillir un vieux barbu. Navré de le décevoir à moitié, car barbu oui, mais c’est exceptionnel, un simple caprice ! mais vieux, non ! pas encore à 43 ans surtout chez quelqu’un qui va en afficher 40 dans quelques mois.
Pour tous, l’arrivée chez l’habitant est un moment très agréable, car si pour ce jumelage cela fait déjà quelque temps que l’on en parle aussi bien dans les chaumières bussacaises qu’oronaises, découvrir le visage des gens, leur accent, leur façon de s’exprimer, leur façon de vivre c’est très enrichissant.
C’est le début de relations plus qu’amicales qui se nouent avec la remise de cadeaux dans lesquels le cognac et le pineau se taillent la part du lion.
Cette première soirée se terminera pour un certain nombre d’entre nous par un repas pris au restaurant « Le Chalet » en compagnie des familles hôtes et des autorités locales.
Est-il nécessaire de préciser que ce soir là beaucoup d’entre nous n’ont pas eu beaucoup d’efforts à faire pour trouver le sommeil d’une nuit qui de toute façon fut trop courte.
Samedi matin 30 mai tout le monde se retrouve à 10 heures sur la place près du temple, là où nous sommes arrivés la veille, pour une visite commentée dans la campagne et le vignoble vaudois en bordure du lac.
Le bus ne peut contenir tout le monde, quelques voitures accompagnent. Le guide du bus est Robert Kissling, un homme de 70 ans avec chevelure et barbe blanche, sorte de patriarche doté d’une grande érudition. Tout au long de cette matinée, il captive l’attention des visiteurs par maintes histoires et nombreux détails sur la contrée, la vie locale actuelle ou passée. Le groupe est reçu chez Frédéric Fauquex, un vigneron qui donne moult explications sur la culture de la vigne en pays de Vaud et le traitement du vin. Bien sûr une telle visite ne peut pas se faire sans une dégustation de ce fameux vin blanc suisse que beaucoup d’entre nous ne connaissaient pas mais ont appris à apprécier depuis.
A midi, nous déjeunons dans un restaurant perché sur la colline, au milieu du vignoble avec vue sur le lac.
Le repas terminé, nous reprenons la route vers Oron pour participer aux cérémonies officielles qui vont célébrer le jumelage entre nos deux communautés.
2 ) LA CEREMONIE OFFICIELLE
Il est 16 heures lorsque bussacais et oronais se retrouvent sur l’esplanade du temple accompagnant Albert Diserens, syndic d’Oron la ville et Guy Chapuis, maire de Bussac sur Charente pour la plantation d’un jeune chêne rouge qui restera le témoin des relations durables que les deux communautés se promettent d’entretenir.
Les deux édiles accomplissent leur tâche avec sérieux et application et les différentes pelletées de terre sont jetées sous les yeux d’environ 150 personnes. Les drapeaux nationaux des deux pays sont présents ainsi que deux couples, vêtus du costume traditionnel de leur région, représentant chacun leur commune. Pour Bussac les deux représentants sont Marie Claude et Jean Marc Allinand.
C’est un instant empreint d’une grande solennité où chacun mesure l’engagement pris par nos deux communautés.
Cette première tâche exécutée, nous rejoignons la tente dressée sur la place pour présenter notre commune à l’aide des diapositives préparées à cet effet. Cette présentation faite par M. le maire, s’accompagne d’une dégustation de pineau des charentes et de galettes de Beurlay bien connues chez nous. Si le matin un certain nombre d’entre nous ont découvert le vin blanc suisse, il en est de même pour nos amis suisses en ce qui concerne le pineau.
Bussacais et Oronais en habits folkloriques
Ce breuvage si agréable à boire laisse d’entrée quelques souvenirs à ceux qui ne remarquent pas que la chaleur qui règne sous cette toile ne peut qu’accentuer les effets de l’alcool. Toutefois tout reste dans la limite du raisonnable.
Par la suite le groupe se forme en cortège derrière la fanfare pour se rendre, selon l’appellation oronaise, sous la grande cantine, dressée sur la place de foire, là où doit se dérouler la cérémonie officielle du jumelage.
J’ai l’honneur et le plaisir d’accompagner sur la scène M. le maire Guy Chapuis et son adjoint Yves Pouponnot. Je peux vous dire, combien il est impressionnant de se retrouver face à un public totalement inconnu pour une cérémonie de ce genre, pourtant dieu sait si dans ma vie professionnelle je me suis trouvé souvent face à de nombreux et divers interlocuteurs, mais là le contexte est totalement différent.
Après les hymnes officiels suivent les discours, celui du préfet, la bienvenue prononcée par Albert Diserens et la réponse faite par Guy Chapuis.
Jean Philippe Kissling lit le texte d’un parchemin écrit en gothique et en vieux français qui définit les termes de notre jumelage.
En ces temps malicieux où plus d’un songe à nuire
A paillarder ou son prochain occire
Ou bien voler et monnaie courir
Gens d’Oron ou de Saintonge
Ont décidé notre pain, notre vin, notre feu partager.
Qu’à fuite du temps amitié se prolonge
Comme au printemps, ruban de fleurs en un vert pré.
Nous, notables, bourgeois, artisans ou vilains,
A nos prévôts, tous ensemble disons merci
D’avoir permis de nous donner la main.
Gens des marches d’Aquitaine
Et gens du pays de Vaud
Nous connaîtrons nos mutuels domaines,
Nous nouerons liens nouveaux.
A nos édiles de chez vous ou d’ici,
Par élection de pouvoir investis,
A qui sont sagesse et bon sens impartis,
Pour leur bon vouloir disons encore merci :
A notre Maire de Bussac et notre Syndic singulièrement
De Bussac : Guy CHAPUIS, d’Oron : Albert DISERENS
Sire Dieu, qui toutes choses délibère,
Garde et protège nos bien- aimées communes
Des funestes et piteuses fortunes
A toute honnête entreprise donne appui
Et fait luire bonté et lumière
Sur la nôtre dès ce jourd’hui
Oron, ce 30 du mois de Mai
mil neuf cent quatre vingt un.
Nos élus paraphent le document qui scelle notre amitié.
Des cadeaux sont échangés. La municipalité de Bussac remet son tableau en cuivre retourné et le Foyer Rural son fanion.
La commune d’Oron offre un service en étain comprenant 1 plateau, 1 pichet et 12 gobelets auquels elle joint 1 vitrail reprenant le fanion en couleur d’Oron.
Ceci termine la cérémonie officielle du jumelage qui cède la place à la Landwehr de Fribourg pour un concert de très grande qualité. La plupart d’entre nous sont des profanes en matière de musique, mais comment ne pas se sentir touché par cette extraordinaire interprétation de l’Ouverture de Tannhäuser de Wagner ou des morceaux de Beethoven ou Kasha Turian.
L’ambiance est telle dans cette cantine que la fanfare a droit à une « standing ovation » et qu’elle nous gratifie de deux morceaux supplémentaires avant de laisser la place à un orchestre moderne qui va entraîner les invités dans divers pas de danses.
La nuit sera courte.
Le dimanche matin 31 mai un certain nombre d’entre nous, représentant nos deux communautés, se retrouvent au château d’Oron pour une réunion afin de voir sur quelles bases nos relations pourront s’ancrer et se développer.
Tout le monde s’accorde à voir développer les relations au niveau des scolaires et des activités sportives bien qu’elles ne soient pas nombreuses de chaque côté.
Le repas de midi pris chez nos hôtes, il faut déjà penser à repartir car la route sera longue pour le retour après ce week-end aussi mouvementé.
Mais la fête à Oron n’est pas encore terminée, il y a un grand défilé dans tout le village et nous voulons encore en profiter un peu avant de partir. C’est comme cela que nous retrouvons dans la rue à applaudir et profiter de la fête en compagnie de nos familles d’accueil.
On sent une grande nostalgie (le mot est faible) à rompre et quitter nos amis.
Le bus est le premier à quitter la place après bien des larmes écrasées aussi bien par ceux qui partent que ceux qui restent. Chacun est conscient du moment formidable qu’il vient de vivre et de l’engagement moral qu’il est en train de prendre pour la continuité de nos relations.
Les quatre voitures qui accompagnaient les cyclistes sont également prêtes mais la famille Viollet, hôtes de la famille Niklaus, manque à l’appel. C’est comme cela que nous quittons Oron une heure après le bus et que nous ne le rattraperons pas.
Le retour se passe à peu près bien, ou presque, car de ma vie de conducteur je ne suis jamais tombé en panne d’essence sauf cette nuit là, à 4 heures du matin à 3 km de Matha, c’est la panne sèche pour ne pas avoir ravitaillé à St Maurice la Souterraine. Il est vrai que la nuit peu de stations restent ouvertes ce qui est pire encore aujourd’hui.
Ce lundi matin là, la productivité ne sera pas élevée pour un grand nombre d’entre nous, nos têtes et nos cœurs contiennent mille et une images que nous allons ressasser tout au long de la journée.
Et déjà, nos pensées vont vers la réception en retour que nous allons préparer pour la venue de nos amis en août prochain.
3) CEREMONIE DU RETOUR A BUSSAC
L’invitation faite à nos amis Oronais prévoit leur arrivée dans nos murs ce vendredi 28 août à compter de 16 heures pour consacrer 3 jours à sceller, en retour, notre jumelage sur le territoire de la commune et y faire participer tous ceux qui souhaitent se joindre à nous.
Bien sûr, toutes les familles qui vont recevoir chez elles nos nouveaux amis sont à la salle municipale, où le rendez-vous a lieu, bien avant l’heure annoncée.
Le temps ne passe pas vite lorsqu’on attend. On s’interroge sur les raisons qui font qu’ils ne soient pas encore arrivés, pensez donc le pays champion en matière de montres, d’horloges ou de pendules, ce n’est pas possible qu’ils soient en retard.
Nous avons le quart d’heure charentais, ils ont le quart d’heure vaudois qui dans certaines circonstances peut être à géométrie variable.
19 heures sont passées lorsque le bus vaudois arrive sur la place municipale apportant un grand soulagement à tous ceux qui attendent.
Quel plaisir de retrouver des visages dont nous avons fait seulement la connaissance il y a 2 mois mais qui font déjà partie du cercle réservé aux amis et avec lesquels nous espérons bien écrire ensemble une page de notre histoire.
Il faut signaler qu’ils ont trouvé les tous derniers kilomètres très difficiles, car arrivant par la route haute de Cognac, ils ont aperçu au niveau du Maine Allain une pancarte indiquant la direction de Bussac. C’est comme cela qu’ils sont passés par la Font Ronde, Fontcouverte et le petit pont qui enjambe la voie de chemin de fer, chez Tessier, Jarry et Bussac.
Un petit mot d’accueil est prononcé par les responsables de la section, un rafraîchissement de bienvenue est servi en même temps que la répartition est faite dans les familles. Beaucoup se connaissent déjà, ce qui facilite les contacts et les premières installations.
Deux voitures doivent arriver vers 21 heures, amenant quelques retardataires Oronais qui seront pris en charge, à partir de la place municipale, par les familles les hébergeant.
Le futur Président de la Société de jumelage, François Jan en conduit une, et Roland Nicklaus l’autre.
SAMEDI 29 AOUT
Dès 9 heures, les représentants des deux municipalités se réunissent à la mairie pour envisager les axes de notre future collaboration.
10 heures, les représentants de nos deux communautés partent en cortège pour la Place de l’église pour y planter un arbre symbolisant notre jumelage. On note dans ce cortège un contingent appréciable de jeunes parmi les deux cents personnes qui défilent.
Si nos amis avaient planté, à Oron, un chêne nous avons choisi à Bussac un chamaecyparis, sorte de cyprès qui est très présent dans notre pays.
Notre maire et le syndic d’Oron, une fois encore, se retroussent les manches pour procéder à cette seconde plantation. Comme à Oron la Ville, nouvelles allocutions réaffirmant la volonté mutuelle de développer des relations en toute amitié.
Retour à la salle municipale pour déguster l’apéritif, à base de pineau bien sûr, et assister à quelques danses folkloriques présentées par le groupe « Les Rabats l’égail » de Saint-Quentin de Rançannes.
Au moment du repas, la salle municipale est bien garnie, la population a répondu, nombreuse, pour venir partager ce repas avec nos amis suisses. Je crois bien que les règles de sécurité ont été maltraitées pour pouvoir loger tout le monde. Cela ne dure pas très longtemps car nous avons rendez vous, avec nos amis oronais, à Cognac pour la visite des chais Hennessy, et ce dès 15 heures.
Deux bus nous transportent dans la ville de François 1er. De charmantes hôtesses nous accueillent pour nous conter la merveilleuse histoire du cognac, découvert par hasard, par Richard Hennessy, officier de l’armée irlandaise au service du roi de France, et nous faire visiter leurs immenses chais. Nous avons même droit à une petite balade en bateau sur la Charente car un chai se trouve sur la rive opposée.
La dégustation à peine terminée, quelques achats et déjà il faut vite repartir pour une visite rapide de la ville de Saintes. Il serait bien dommage, pour nos amis venus de si loin, de ne pas faire connaissance avec cette merveilleuse ville gallo-romaine au passé chargé d’histoire.
Le peu de temps dont nous disposons, nous contraint à faire cette visite en bus avec quelques arrêts ; les arènes gallo-romaines, l’église Saint Eutrope, l’Arc de Triomphe, l’église Saint Pierre. Un arrêt de ¾ d’heure est accordé pour une visite du quartier piétonnier avec une petite halte pour se désaltérer car cette fin du mois d’août est encore très ensoleillée.
Le temps nous presse et déjà il nous faut rejoindre Bussac car les festivités ne sont pas encore terminées.
Les danseurs d’Oron, en costumes folkloriques, donnent l’aubade sur la place communale avant le nouvel apéritif composé du pineau régional mais aussi du vin blanc suisse qui accompagne le fromage de gruyère. Quel beau mariage qui ne laisse aucun palais insensible.
Le repas copieux qui suit est très animé car les « petits » verres d’apéro ont délié les langues et nous sommes aussi nombreux que pour le repas de midi dans cette salle qui n’a pas grandi. Si le repas est copieux, le dessert ne l’est pas moins car nos amis oronais nous ont apporté des meringues accompagnées de crème fraîche de la Gruyère. Si ce dessert est très apprécié en suisse on peut remarquer que les bussacais en font vite un produit d’adoption.
La soirée ne se termine pas après le repas, il faut digérer et quoi de mieux qu’un petit pas de danse.
La salle est rapidement débarrassée, l’orchestre se met en place et nous voilà repartis pour quelques heures de plus alors que la journée a déjà été longue pour la plupart d’entre nous mais l’ambiance, la joie et le plaisir qui se dégagent de cette rencontre font oublier la fatigue. La soirée se prolonge et la nuit sera courte alors que demain une nouvelle longue journée nous attend.
DIMANCHE 30 AOÛT
Dès 8h30 les bus sont sur la place municipale et attendent le groupe composé d’oronais et de bussacais pour s’embarquer pour une journée au bord de la mer avec visite de la côte charentaise. Pour convoyer tout le monde, quelques voitures complètent le cortège. Celui-ci prend la direction de Marennes puis Bourcefranc pour se rendre à Fort Louvois qui abrite le musée de l’huître. Ce fort, construit par Vauban, est situé dans le bras de mer qui sépare le continent de l’Ile d’Oléron et nous nous y rendons à pied par un chemin pavé découvert à marée basse. Nous longeons, à l’occasion, le magnifique pont routier, en béton précontraint, construit en 1966, qui mesure environ 3 km et rattache l’île au continent. La visite commentée du musée permet d’entrer dans la vie quotidienne du difficile métier d’ostréiculteur. Les connaissances de chacun se trouvent enrichies par la signification des mots naissain, collecteurs, détroquage, cabane, bourriches, fines de claires, spéciales, etc… La production annuelle d’huîtres en France atteint 100.000 tonnes et le bassin de Marennes - Oléron en fournit à lui seul 35 %. C’est dire l’importance de ce secteur dans la vie économique du département de la Charente Maritime.
En une heure de visite nos amis savent tout des secrets de l’ostréiculture. Mais déjà il nous faut repartir car la marée monte et nous n’avons pas beaucoup de temps avant que la chaussée ne soit entièrement recouverte.
Nous reprenons les véhicules pour nous diriger dans la presqu’île d’Arvert et plus particulièrement la forêt de la Palmyre ou nous allons pique-niquer sous les ombrages des pins.
En cours de route, après avoir franchi le pont de la Seudre, l’un d’entre nous s’aperçoit qu’il nous manque un passager. Pascal Monget fait demi tour avec sa voiture et part récupérer notre jeune ami, Christian Bossy. Il le retrouve encore endormi, appuyé à un petit mur, près de l’endroit où les bus étaient stationnés quelques minutes auparavant. Il ne s’est aperçu de rien au moment du départ des véhicules, si bien que notre absence ne lui a posé aucun problème.
Toute la troupe se retrouve à la plage de l’Embellie pour partager ce premier pique-nique en commun avant de se diriger vers la plage de St Georges de Didonne où il est prévu de se baigner. Le parcours s’effectue lentement car cette route à travers la forêt de la Palmyre est toujours très fréquentée en période de vacances estivales. Le fait que le convoi se déplace à faible allure fait bien les affaires de Lucienne Pasche qui semble avoir des difficultés à digérer une mouclade de la veille. Elle fait plusieurs fois la navette entre la forêt et la voiture de Michel Maillet pour traiter en urgence.
Arrivé à St Georges le convoi stationne au bout du boulevard près de la plage et nombreux sont ceux qui vont goûter au plaisir de la baignade dans le bras de l’estuaire de la gironde. Il y a bien un peu de vent qui forme des rouleaux et ballotte les plus téméraires mais cela reste un plaisir compte tenu de la chaleur qui règne ce dimanche après midi.
L’horaire étant assez serré, une heure et demie plus tard, nous repartons vers Meschers et Talmont pour un nouvel arrêt dans ce merveilleux petit village charentais.
Nous roulons depuis cinq minutes lorsque l’un d’entre nous s’inquiète de ne plus avoir vu depuis plusieurs minutes Jacques Kissling. Un contrôle rapide dans les bus et les voitures et nous avons bien la confirmation qu’il n’est plus dans le groupe.
Je fais donc demi-tour avec ma voiture, pendant que le groupe continue, et repars à la recherche de notre ami disparu. Nous remontons le boulevard, au-delà l’endroit ou nous étions primitivement stationné, quand tout à coup, nous l’apercevons sur le trottoir de gauche revenant vers le lieu de rassemblement.
Tenaillé par une petite soif, notre vaudois était parti à la recherche d’un lieu où il pourrait se désaltérer. Lorsqu’on connaît St Georges, il n’y a rien de semblable dans le périmètre immédiat et pour cela il faut repartir vers le centre ville situé à au moins cinq cents mètres.
Nous rejoignons le groupe au moment où il arrive à Talmont, merveilleux petit village charentais comme je l’écrivais précédemment.
Le site de Talmont s’avance en proue dans le plus grand estuaire d’Europe, celui de la Gironde. Des maisons blanches du XVIIIème siècle colorées par les tonalités pastel des volets, des roses trémières hautes en tiges et en fleurs, une église majestueuse de style roman construite au XIIème siècle par les moines de St Jean d’Angély, ce petit village est classé monument historique depuis 1975. Composé d’une centaine d’habitants environ, il accueille jusqu’à 600.000 visiteurs par an.
Notre visite dure à peu près une heure et déjà il nous faut penser au retour car nous avons rendez-vous à la salle municipale où un pot de l’amitié nous attend avant le repas dans les familles d’accueil.
48 heures se sont écoulées depuis l’arrivée de nos amis et si nous avons réalisé beaucoup de choses en ces deux jours, il n’empêche que le temps s’est écoulé beaucoup trop vite et que nous souhaiterions encore prolonger cette rencontre.
Les discours de Monsieur le Syndic et du Président du Foyer Rural mettent l’accent sur cette trop brève rencontre. Chacun prédit la réalisation de nombreux autres contacts qui permettront de développer notre jumelage après ces deux cérémonies officielles. Tout le groupe lève son verre à l’amitié de nos communautés et au grand plaisir de se revoir.
La nuit a encore été trop courte pour beaucoup lorsqu’on se retrouve le lundi matin à 8 heures sur la place au départ du bus pour Oron. Ce n’est qu’un au revoir, mais beaucoup de larmes sont versées comme lors de notre voyage à Oron.
Pendant que l’on attend les derniers retardataires, nous ouvrons un livre d’or qui servira à recueillir les points de vue, opinions ou sentiments que chacun voudra bien exprimer lors de nos différentes rencontres.
La première dédicace nous est faite par Robert Kissling, papa de Jean Philippe, mais aussi guide de notre premier voyage en Pays Vaudois et poète à ses heures.
Et puis tout à coup, il ne reste plus que des Bussacais sur la place, tous les Oronais sont dans le bus, des mouchoirs s’agitent, quelques larmes s’écrasent de part et d’autre et le véhicule s’éloigne emportant nos amis vers le massif central, du côté où le soleil se lève.
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